FESTIVAL D’AVIGNON : « HAMLET » LIBERE

71e Festival d’Avignon – « Hamlet » d’après William Shakespeare – Mise en scène Olivier Py – Salon de la Mouette de la Maison Jean Vilar. Les 21 et 22 juillet 2017.

« Libérez Hamlet » ! Le cri est lancé par des détenus, en 2016, ils viennent de terminer une représentation devant un parterre de codétenus et de représentants de l’institution carcérale. C’est chose faite, en tout cas pour un temps, « Hamlet » sera sorti des cellules du centre pénitentiaire du Pontet. C’est la Maison Jean Vilar qui a ouvert ses portes pour ce projet si particulier et pourtant si proche du projet vilarien. Si l’on était un tantinet caustique, on pourrait observer que les ouvriers n’existant plus, le projet social de Vilar se déplace…vers la prison, bref.

Du reste, 10 détenus que le jargon pénitencier dénomme « les permissionnables » ont été extraits du centre du Pontet pour trois représentations en jauge limitée. C’est un tirage au sort qui aura décidé en dernier ressort des 150 spectateurs qui auront pu assister à un condensé d’émotion aussi rare que puissant.

En tout premier lieu, il convient de se défaire de cette notion d’acteurs professionnels et j’irai même plus loin. Olivier Py, démontre là que l’énergie donnée par l’interprète est peut-être le seul élément qu’un directeur d’acteur ne peut… apprendre. Tout le reste n’est-il pas qu’artifice lorsque seule l’énergie titanesque des interprètes inonde le plateau à ce point. « Hamlet » c’est avant tout la mort pour le pouvoir, or un prisonnier, aujourd’hui en France, sent la mort tant ses conditions de détentions sont inacceptables, inhumaines, tueuses. Si le texte a été assez largement écourté, l’essence de Shakespeare est bien là et le metteur en scène ne manquera d’exposer le crâne si célèbre pour le transposer à celui d’un juge, qu’on imagine tout petit et tout sec et qui jamais, jamais, ne cherchera à comprendre ou à savoir ce qu’il adviendra après son jugement. La critique est claire, redoutable et cinglante et l’on retrouve toute la dimension politique de ce texte.

La scénographie ne demandera pas plus d’artifice, le projet reste de laisser la plus grande place, le plus grand espace de liberté à ces interprètes qui seront acclamés certes, mais qui retrouveront leur condition… Facile d’applaudir pense tout haut le public, toujours à la belle place !

Si ce projet doit à tout prix perdurer, il faut aussi saluer l’engagement de l’administration pénitentiaire et du Festival d’Avignon dans un contexte sécuritaire pour le moins compliqué. Ce dispositif contenait tous les éléments pour qu’il soit dynamité de l’intérieur et sans grande utilité sauf que…. arrivé à son terme le salut des interprètes était simplement… déchirant !

Vincent Marin

Crédit photo : Audrey Scotto pour INFERNO

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